Le Gimmick Rock du Rock’n’Râleur : « Love Like a Man »

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Le Rock’n’Râleur vous livre ses anecdotes que lui inspirent des célèbres Gimmicks Rock qui demeurent dans son cœur et dans son froc. Aujourd’hui, Love Like a Man de Ten Years After.

 

Ce gimmick de Love Like a Man de Ten Years After, le groupe que Woodstock a rendu mythique avec I’m going Home, me rappelle la guitare de leur guitariste prodige Alvin Lee, qui jouait plus vite que son ombre. Et que son oncle aussi, certainement.

Quand j’étais ado et que je traînais, insatisfait, mélancolique, envieux, ronchonnant pour des riens, mes parents me disaient en gimmick, leur gimmick à eux:

« Tu ne connais pas ton bonheur. » Je ne voyais pas ce qu’ils voulaient dire.

Ou si, je voyais, ils m’offraient leur amour, le gîte et le couvert, des études… Mais c’était pas ça le bonheur pour moi. Il n’était pas dans le nécessaire mais dans le luxe, le superflu. Je voulais la guitare Gibson d’Alvin Lee. La 335 TD, la rouge avec vibrato bigsby. Ils ne pouvaient pas me l’offrir mais je l’ai eue quand même.

J’ai joué au tiercé avec mon voisin avec mon argent de poche normalement destiné au baby-foot et au flipper, et on gagné le tiercé dans l’ordre. De quoi m’offrir cette guitare de rêve sans avoir à trimer dans le job pourri sur un chantier que mon père m’avait trouvé pendant les 2 mois de mes vacances scolaires. Aide peintre c’était. Je devais barbouiller des charpentes métalliques avec du minium.

Et bingo, la veille d aller bosser je gagne de quoi me payer ma gratte. Mon père n’avait pas bien saisi mon cheminement psychologique parce qu’à 6h du mat’ le lendemain, il m’a réveillé avec sa grosse voix du bas de l’escalier.

Francis !

Embrumé, j’ai hissé mon blair au-dessus des couvertures.

Quoi ?

Ben, et le boulot ! Lève-toi !

Ben j’ y vais pas, j’ai gagné de quoi m’acheter ma guitare.

Qu’est-ce que je vais dire à Bataille, moi !

Bataille, c’est le chef de chantier qu’il connaissait et qu’il avait imploré qu’il m’embauche.

Il était malheureux mon pauvre vieux. Son ami lui rendait service et il lui faisait faux bond. En tout cas moi j’étais heureux. Comme jamais. Et c’est là que j’ai chopé mon virus des courses. Avec un tel coup d’essai !

Quoi qu’il en soit, si c’était toujours pas ça mon bonheur profond, ça y ressemblait. Je dormais avec ma guitare. Et avec Alvin Lee. Je la couvrais et la bordais.

Et puis, des femmes sont arrivées dans ma vie. Ça y était ! Je le connaissais de mieux en mieux mon bonheur. Mais je ne savais pas vraiment que c’était lui. Une connaissance n’est pas un savoir.

Il m’a fallu des joies, des souffrances et des déchirements pour qu’il se révèle peu à peu, comme une photo Polaroïd. C’est tout sauf béat le bonheur. C’est pas un massage thaïlandais. Il jouxte toujours le malheur. Comme les villas de milliardaires jouxtent les favelas au Brésil. Mais c’est de là qu’il tire sa grandeur, sa noblesse, son unicité.

Je sais donc que cette guitare n’était que le marchepied de mon bonheur. Celui de l’étage du dessus il est âpre, tendre, sauvage.

Un soir d’été, quand tout sera calme et serein, j’irai dans le cimetière de ce petit village en bord de Seine où sont enterrés mes parents. Et après avoir disposé un gros bouquet de fleurs sur leur tombe, je leur dirai : « Vous aviez raison, je ne connaissais pas mon bonheur. Et vous m’avez mis au monde pour que je le connaisse. C’est fait. En gros. Soyez en paix. »

À ce moment-là, un chat noir surgi de nulle part viendra se frotter sur mes fleurs en me fixant de ses grands yeux jaunes et je lui dirai : « Trop tard pour me porter la scoumoune, mon pote… Tiens, v’la une croquette. »

Francis Basset

Lire le Gimmick Rock du Rock’n’Râleur, c’est bien.

L’écouter, c’est très bien aussi… En plus, il y a la guitare !

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