Un Temps de Novembre, des Sons de Toussaint

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De la pluie, du vent. Du gris tout le temps et un reconfinement… Youpi, c’est la Toussaint ! Si on n’a pas eu le choix du décor, on a au moins celui de la bande-son. Ouvrez les yeux et tendez l’oreille !

Confinement… Pas confinement… Reconfinement… Vous reprendrez bien une bonne dose d’assignation à résidence et un peu de gel sous votre masque ? Quelle belle époque que celle que nous vivons actuellement. La Toussaint débarque à point nommé avec son lot d’idées noires, de suicides et de dépressions à cause des jours qui raccourcissent.

«Logique pour une période où on fête les morts !» me direz-vous avec cet air assez faussement indolent qui vous caractérise parfois… «Justement, la mort, parlons-en tiens !» vous répondrai-je avec l’aplomb du branleur qui se la raconte après avoir joué trois pauvres notes de musique ressemblant vaguement au début de La Lettre À Élise sur un piano déglingué.

Mais oui, la mort. Sujet de bon nombre de morceaux depuis que la musique est ce qu’elle est. On ne peut évidemment pas parler de tous les titres, ce serait trop long, fastidieux, et très chiant à lire. Mais si on en sélectionne quelques-uns, il y a tout de même, dans le haut du classement, Tears In Heaven d’Eric Clapton.

Sorti en 1992, le morceau, qui figure sur la B.O. de l’excellent film Rush, a été écrit dans des conditions très particulières. Il permet à Clapton d’exprimer sa douleur après la mort de son fils Conor, 4 ans, défénestré du 53ème étage de l’appartement new yorkais où vivait le nouveau compagnon de la mère du petit garçon. Clapton était absent lors de l’accident mais il serait très rapidement arrivé sur les lieux et serait resté dans une sorte d’état de choc pendant plusieurs mois.

Ce morceau guitare-voix est sans doute un des plus beaux que Slowhand ait jamais co-écrit. Un de ceux qui font remplir les canaux lacrymaux et foutent des frissons partout. Tears In Heaven fut classé au top des charts de nombreux pays dont les États-Unis dans la Cashbox Top Singles, le Danemark, le Canada, ou encore le Japon. Il atteignit la cinquième place au Royaume-Uni et la deuxième chez nous. 

Autre morceau parlant de la mort, Hurt de Nine Inch Nails. Sorti en 1994 sur l’incontournable album The Downward Spiral, le titre, d’une noirceur exceptionnelle, peut être vu de différentes façons. Pour certains, il serait une sorte de lettre d’adieu laissée après un suicide. Il serait la conséquence d’une dépression de l’auteur, Trent Reznor, qui évoquerait les difficultés de trouver une bonne raison de continuer à vivre dans cet état.

Pour d’autres, il parlerait d’automutilation et d’addiction à l’héroïne. Dans les deux cas, rien de bien joyeux. La version la plus célèbre de ce morceau reste sans doute la sublime reprise qu’en fit Johnny Cash peu de temps avant sa mort, poussant Reznor à déclarer que la chanson ne lui appartenait désormais plus.

La version de Johnny Cash obtint d’ailleurs de nombreuses distinctions. En octobre 2011, le célèbre magazine musical anglais NME plaça la version de Johnny Cash au 35ème rang des 150 meilleurs morceaux des quinze dernières années. Une récompense méritée, même si la sublime et terrible version originale reste indépassable. 

Le 1er novembre 1985 reste un évènement pour le rock français. Téléphone sort un nouveau single intitulé Le Jour S’Est Levé. Cette ballade mélancolique interprète la mort comme une nouvelle vie, une sorte de seconde chance. Elle est accompagnée d’un clip superbement réalisé par Philippe Gautier, qui avait auparavant signé la vidéo devenue mythique de Marcia Baila (chanson qui aborde également la mort) des Rita Mitsouko,  et annonce la fin d’un des plus grands groupes de l’histoire du rock français.

À l’époque, Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac, les deux têtes pensantes de Téléphone, ne s’entendent plus. Bertignac rejette en bloc tous les morceaux écrits par Aubert pour un éventuel prochain album, lui reprochant de vouloir être trop commercial et pas assez rock. Les sessions pour un nouveau disque ne donnant rien, ils décident de raccrocher quelques mois plus tard, en mars 86. Louis Bertignac forme alors Bertignac et les Visiteurs, tandis que Jean-Louis Aubert reprend à son compte toutes les chansons qu’il avait composées pour Téléphone et fonde Aubert’n’Ko avec Richard Kolinka. Mais c’est une autre histoire. Pour ne pas dire, un autre monde…

On aurait aussi pu évoquer d’autres morceaux de qualité comme The Edge Of The Deep Green Sea de The Cure, Sorry Angel de Serge Gainsbourg, The Death Song de Marilyn Manson, Back In Black d’ACDC, Pépée de Léo Ferré, Everybordy Hurts de REM, et tant d’autres…

On aurait pu aussi parler de My Heart Will Go On de Céline Dion, de Candle In The Wind d’Elton John, du Paradis Blanc de Michel Berger, de Ça Fait Mal de Christophe Mahé, de Coldest Winter de Kanye West, de One Sweet Day par Mariah Carey et Boys II Men… C’est vrai, on aurait pu… Mais non ! 

Laurent Borde

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